P.o.l

  • Mon mari a disparu.
    Il est rentré du travail, il a posé sa serviette contre le mur, il m'a demandé si j'avais acheté du pain. Il devait être aux alentours de sept heures et demie.

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  • « Des corps débiles, langues bien pendues, traits tirés, l'été jurassien, de nos jours, campagne française qui lorgne sur tout ce qui bouge de l'autre côté de l'Atlantique, qui saute sur la première occasion de se donner des coups, qui se dépêche de tout casser, de tout gâcher, au cas où il y aurait quelque chose à en tirer. » Voici, rédigée par l'auteur, la jolie quatrième de couverture d'un surprenant premier roman. Il raconte une histoire actuelle : une histoire de jeunes crétins de milieux plutôt aisés - c'est l'année du bac, un peu avant pour certains, un peu après pour d'autres - qui écoutent du rap, qui s'ennuient, qui ont de petites histoires de sexe, qui boivent, qui fument, qui font des bêtises, de grosses bêtises finalement puisqu'il y aura mort d'homme et qu'ils se retrouveront en première page du journal. Ça se passe entre Besançon et Lons-le-Saunier et ça déménage... L'histoire en elle-même est, sinon banale, ordinaire : c'est aussi ce qui fait le prix de ce livre, cette plongée dans une atmosphère et un esprit, une culture, peut-être assez répandus, en tout cas vraisemblables.
    D'autant plus vraisemblables que l'écriture qui nous les donne à lire est incroyablement vive et qu'une belle imagination l'accompagne. Le tour de force de Pierric Bailly, c'est d'avoir transformé un langage dont les puristes disent, pas toujours à tort, qu'il est relâché, en une forme travaillée, qui exploite toutes les ressources syntaxiques, rythmiques, métaphoriques, lexicales - et on s'aperçoit qu'elles sont nombreuses - d'un parler qui est constitué d'un mélange en principe pauvre et stupide d'argot, de néologismes, et d'américanismes, etc. rarement utilisé comme matériau littéraire. Un mélange verbal presque aussi déconcertant, quand on l'aborde, que l'ancien français, par exemple. Mais, comme pour l'ancien français l'accoutumance est rapide parce que la structure est là, derrière, qui tient tout.

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  • Charonne, vingt ans, charonne la magnifique aux formes sensationnelles et aux origines indéchiffrables cherche à alerter l'opinion mondiale sur un certain nombre de faits méconnus.
    Premièrement : les grosses sont toujours un peu des héroïnes. deuxièmement : la vraie beauté suscite l'indifférence. troisièmement : le port du voile n'est pas la meilleure façon de se faire des amis. quatrièmement : les vrais pratiquants de l'amour libre ne se rencontrent pas tous les jours.

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  • Beau rôle

    Nicolas Fargues

    Du personnage de Beau rôle, jeune acteur « satisfait d'être libre et relativement célèbre, satisfait d'exercer un métier enviable, satisfai t de n'envier personne », on ne sait trop s'il est carrément insupportable ou finalement touchant. Il est en tout cas, à lui seul, un concentré des contradictions et des faiblesses, cynisme et sentimentalisme mêlés, du jeune mâle contemporain imbu de lui-même mais secrètement rongé par le doute. Si on ajoute à cela qu'il est métis, et de fait à l'aise nulle part, on comprendra qu'A ntoine Mac Pola est une figure typique des romans de Nicolas Fargues qui trouve là, de l'Europe aux tropiques, une nouvelle occasion de décrire avec une précision à la fois féroce et totalement désinhibé.
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  • Quand Marie Darrieussecq écrivait Le Mal de mer (P.O.L, 1999), elle aurait voulu en dire plus sur les vagues. Mais ça aurait formé des excroissances, de trop grosses vagues à la surface du texte. Ça sortait du roman, ça aurait cassé son rythme, ça formait nouvelle. Ça se sédimentait autrement. Alors elle a écrit Précisions sur les vagues. Un catalogue encyclopédique de vagues, décrivant la façon dont elles se forment. C'est un lieu important : elles font la jointure entre l'eau et la terre. La vérité est dans le poème, autant que dans la science.

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  • Huit employés, tellement privés d'identité qu'ils sont appelés dans la pièce par les lettres de l'alphabet, vivent sous la parfaite domination des époux Boucot. Les patrons sont obsédés par la peur d'une révolte des travailleurs et élaborent divers stratagèmes pour contrôler tous les aspects de leur vie et principalement le langage. L'Atelier volant est la première pièce de Valère Novarina. Elle a été écrite de février 1968 à novembre 1970 et publiée dan le N° 5 de Travail Théâtral. Elle a été créée en 1974, à Suresnes, dans une mise en scène de Jean-Pierre Sarrazac. L'Atelier volant sera repris en 2010.

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  • Pressé par le danger, Donato ne voit d'autre issue que de remettre la cassette à Marie en lui racontant un mensonge.
    (" Tiens, un film policier pour ton fils. ") Maire donne la cassette à son fils David.
    Quand le danger la presse à son tour, elle devine l'horreur des choses, et avant d'être torturée et assassinée, elle a le temps de téléphoner à l'enfant. (" Va vite à la police ") David et Michel Rey se rencontrent devant le commissariat de la rue Sully, à Lyon.
    Tel est pour Michel le début d'une aventure qui l'amènera à rencontrer Anna Nova, sa future compagne, à élucider (ou à obscurcir) ses rapports avec sa soeur Nadia, à être contraint de quitter la police, et à tuer.
    Et, après Régis Mille l'éventreur, à continuer, dans cette Ville de la peur, l'exploration des mystères de Lyon, à continuer aussi une quête spirituelle qui arrivera à son terme dans Estella, fille de Dieu, en plein cosmos, dans d'autres galaxies, bien loin de Lyon.

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  • Ces dix-huit nouvelles correspondent pour la plupart à une veine que les romans de Dennis Cooper illustrent moins évidemment (à l'exception peut-être de Salopes), celle de l'humour.
    En effet, du célèbre Jerk, adapté par Gisèle Vienne, créé au Festival d'Avignon en 2008, et qui n'a cessé depuis de tourner en France et dans le monde entier, au très étonnant et très irrésistible Le directeur littéraire qui faisait une fixation sur le stade anal, tous ces textes - à l'exception de Le Pire qui reprend sous une forme plus contractée Violence, faits divers, littérature, font une belle part au recul ironique voire grotesque, à une forme de distanciation nouvelle. Ainsi les thèmes récurrents de Dennis Cooper : drogue, autodestruction, sadomasochisme, pulsion meurtrière, etc., sont-ils mis en perspective et, en quelque sorte, interrogés. Ils n'en sont pas pour autant amoindris. Au contraire, tout se passe comme si la mise en demeure que provoque cette forme inhabi! tuelle de comique, renforçait auprès du lecteur leur pouvoir de suggestion et d'angoisse.

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  • Monsieur, j'ai pris bonne note de la destruction totale de votre habitation.
    En cas de démolition pour défaut de permis de construire, ce qui semble être votre cas, les dommages causés par des bulldozers encadrés par un grand nombre de soldats et de policiers à votre quatre-pièces, deux cuisines et trois salles de bains, n'entraînent pas droit à réparation. l'obtention d'un permis de bâtir nécessitant une attente de cinq ans et le paiement de 20 000 dollars pour une maison de 100 m² de surface, je me vois donc dans l'obligation de vous laisser vivre dans une seule pièce, avec une cuisine et sans salle de bains afin de procéder sans délai à la réaffectation de votre sol.
    /> Sincèrement, l'occupant.

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  • Un singe qui entre clandestinement dans une maison de retraite (cela s'est vu, j'en atteste), des vieux qui s'attachent, des forces de police incapables de récupérer la bête, le scandale public, les familles mécontentes, et le parfum de la joie qui monte avec celui du sang. Et le désir, et l'amour, intacts, au bord même de la mort. Qu'est donc Rhésusoe Chimpanzé ou bonobooe Animal politique ou homme dénaturéoe Combattant ou baiseuroe Résistant ou passeuroe Dans l'Iliade, il apparaît sous les traits du sauveur promis à Troie, il est ce roi guerrier mort trop tôt pour combattre : une ruse d'Ulysse de plus. Même là, aux origines de tout, il est passé presque inaperçu. Saura-t-on cette fois le reconnaîtreoe
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  • En persan " mille maisons " désigne le labyrinthe, cette étendue oú issue et impasse se confondent ; le temps s'arrête, l'obscurité et la terreur s'installent.
    Et la moindre tache blanche évoque le soleil. au temps des dictatures, kaboul et l'afghanistan tout entier n'étaient-ils pas cette étendue, ce labyrinthe ? cinq personnages pris dans la nasse essaient d'échapper à la terreur par l'ivresse ou là folie, par la mort, par l'amour.

  • Le titre initial de ce livre était VRAC. Qu'est-ce qu'un vrac ? sa définition varie de " harengs mal lavés " à " désordre ". Dans cet intervalle apparaît tout le reste, lui-même en vrac. Un choix s'est donc établi sur le plateau de ce premier titre à partir d'un ensemble de situations soulignant des événements particuliers dans les domaines du social, de l'affectif, du sport, de la misère, des affrontements. Ce nouveau dépôt a fait surgir à son tour des signes indiquant une orientation à l'intérieur de laquelle le désir, le combat, le pari, l'habileté, le courage, l'obstination devenaient les clefs des signes retenus. Il en résulte ces couloirs d'expositions où les comportements s'affichent, chacun dans sa propre transpiration vitale.
    La partie I, Attraction (le présent est un endroit dangereux) et la partie III, Tumulte (il se prépare quelque chose j'ignore quoi) fonctionnent dans leur démarche diamétralement opposée, la partie II (et puis les choses s'ajoutent.) comprend neuf cadres d'expositions précédés de neuf images, sans aucune volonté d'illustration, indiquant par là même que chaque sueur appartient à un damier insondable.

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  • Heroes are heroes are heroes est le premier livre de Manuel Joseph. Il essaie de faire entrer dans le texte et dans la poésie ce qui leur est en principe le plus étranger : l'image, le son, leurs dérèglements, le bruit, la fureur et la violence contemporaines : l'holocauste et la guerre du Golfe, toutes les guerres et tous les massacres, la publicité, le mensonge politique, l'oppression sous toutes ses formes : soft et hard. Ce livre étonnant, qui porte en lui, très certainement, les ferments de l'un des renouvellements possibles de la littérature, procède par montages, collages et court-circuits.

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  • Une fée

    Frédéric Boyer

    'Comme dans un conte on vient de loin.
    On a tout quitté.
    On devient une fée contemporaine.

    Le nouveau monde est partout, dit-on.
    Monsieur, lui, n'y croit pas.
    Il répond les clients sont toujours les mêmes, vous et moi.'

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  • Bernard Noël voyage beaucoup. Il voyage beaucoup en train et, durant ces voyages, il regarde, il rêve, il pense, il écoute. Et il lui arrive de prendre des notes de ce que ces sons, ces images, ces rêveries et ces pensées lui ramènent du monde extérieur comme de lui-même.
    C'est un tressage de ces différents niveaux de perception et de sensation que réalise ce livre qui les met ainsi en forme et les transforme en un récit intimiste où le monde entrerait, filtré, interprété et cependant restitué dans sa totale immédiateté. La phrase fluide de Bernard Noël s'y prête particulièrement, épousant toutes les nuances, tous les à-coups, l'ordinaire et le sublime, portant une réflexion comme incarnée sur le temps, sur l'espace, sur notre présence au monde.

  • Un fantôme nous hante, insatisfait de sa commémoration (l'année de l'algérie, 2003), qui le célébra pour mieux l'effacer encore.
    Ce livre donne un corps à ce spectre. l'auteur y interroge sans relâche sa mémoire personnelle et plus que son souvenir : celui de cette génération d'avant, qui fit la guerre, ces phrases fameuses (on utilisera tous les moyens, on ne mettra pas les gants, etc.) que les démocraties s'autorisent parfois sans complexe, mais aussi la légèreté avec laquelle un pays tout entier met en scène son passé. au pragmatisme policier (du grec politeia, organisation politique), grand ensemble oppose une pratique de la langue, cruelle et drôle, pour qu'un peu les gorges se desserrent..

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  • Period

    Dennis Cooper

    Period clôt le cycle romanesque commencé avec Closer puis poursuivi avec Frisk, Guide et Try. Il en est en quelque sorte l'aboutissement, l'apothéose. Et si, à l'instar des précédents ouvrages, la violence y est présente constamment, elle n'est peut-être plus la caractéristique dominante de ce livre. Bien sûr, on retrouve les mêmes personnages d'adolescents complètement démolis, criminels ou victimes quasi consentantes, le même dérèglement de la société, et la drogue, et la musique avec ici, en plus, le satanisme. Mais il semble que la question qui est au coeur du texte soit celle de l'identité. De manière bouleversante parce que rigoureusement maîtrisée, le texte se retourne en son centre et tous les personnages s'inversent, devenant leur propre double, flottant au bord d'une pensée qui va se défaisant au rythme de corps épuisés.

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  • Sont réunis dans ce recueil les textes de trois conférences prononcées par Renaud Camus, l'une à la Sorbonne le 25 novembre 2003, la deuxième à la faculté des lettres de Dijon le 25 juin 2002, la troisième au Centre culturel français de Séoul le 29 avril 2004. Ce sont trois éloges : de la syntaxe, de la honte, du chuchotement. Soit respectivement : l'autre dans la langue, l'autre dans la conscience, l'autre dans la voix.

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  • On retrouvera dans ce livre la matière des "Remarques", puis de "Histoires d'une vie" ("Remarques 2"). Il s'agit donc des "Remarques 3". On retrouvera le même humour corrosif et désespéré, irrésistible. La même mise en page, provocatrice et profondément justifiée -à tous les sens du terme. Le même sens de la formule qui frappe ou qui dérègle les repères de la sensibilité et de la pensée. Mais peut-être poussées plus loin encore que dans les précédents livres. Ce "Petit traité" est un chef d'oeuvre de consision lapidaire pour exprimer une douleur sans limites.

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  • «Le Mouvement en montagne est un livre sur beaucoup de choses.
    Des couples de choses.
    La mémoire d´une grand-mère qui disparaît et la persistance photographique.
    La danse et l´écriture.
    La poésie et la fiction.
    À chaque fois on pourrait dire versus au lieu de et. L´homme versus la femme. Le premier livre versus le deuxième.
    «L´archiviste était tombée dans l´attente, tout le récent dans l´oubli comme avalé. Par ailleurs on me demandait ce que je faisais. Quand je dis que je danse les gens disent Oh. Si je dis que j´écris ils font Ah et tout le monde est gêné. Alors le plus souvent je disais je danse.»

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  • Mathieu reçoit une curieuse lettre lui enjoignant de contacter sans délai la fille d'un de ses meilleurs amis, qui vient de mourir. Or, de cet ami, il n'a aucun souvenir. Mais, en même temps que sa méfi ance, sa curiosité est piquée et il se rend en province auprès de l'étrange famille de son « ami ». Tandis que lui revient peu à peu la mémoire, tandis qu'il s'émerveille des personn es qui l'entourent et qui dessinent une constellation d'intelligence et de gentillesse rare - des enfants quasiment surdoués dans ces deux domaines à leurs affables parents - un malaise cardiaque l'abat. Il survivra m ais aura approché de si près la mort que cette histoire en sera elle aussi transfigurée.
    Mathieu Lindon poursuit avec cet étrange livre un itinéraire romanesque hors du commun. Tout en ne négligeant pas les ressorts dramatiques classiques, il arrive toujours à introduire dans ses histoires, de manièr e discrète et efficace, un ferment de doute, à montrer doucement que rien ne va jamais de soi et à déborder ainsi, à excéder les cadres ordinaires de la fiction. Cela tient à une phrase très partic ulière, toujours au bord du déséquilibre et d'autant plus fascinante. Cela tient à une pensée qui ne se satisfait jamais des clichés, qu'ils soient politiques, sociaux ou sentimentaux.

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  • Theatre

    Carmelo Bene

    Propositions pour le théâtre - Arden of Feversham - Le Rose et le Noir - Richard III - Othello - Macbeth Horror Suite - Lorenzaccio - La recherche théâtrale dans la réprésentation d'état - Penthésilée - Hamlet suite.

    Depuis ses débuts en 1958, Carmelo Bene a imposé sa création par un questionnement radical de l'ensemble de la "machine-théâtre", et son travail de réflexion critique a fait appel à une "fureur" qui est passée par une attitude longtemps ressentie comme de la provocation ou de l'hyper-avant-gardisme. Le pivot essentiel de cette réflexion-critique est " l'acteur ", aussi bien dans ses fonctions gestuelles que vocales : en ce sens, son travail s'est développé selon trois axes, apparemment différents. D'une part la corporalité même de l'acteur sur scène, non plus interprète d'un personnage, mais porteur en lui d'une situation plus complexe et multiple et qui trouve son point de vérification dans les nombreuses variantes de la mise en oeuvre de Pinocchio. De là aussi une réinvention du texte théâtral qui explique sa mainmise sur un ensemble précis de textes shakespeariens, dont l'exemple le plus fécond pour sa recherche demeure Hamlet, à travers la cassure des structures de l'oeuvre et l'incarnation de l'acteur comme seul témoin du travail d'élaboration, jusqu'au renversement de Shakespeare en Laforgue. La troisième ligne, celle de la pure phonation poétique, emprunte un parcours qui commence, depuis le début, avec Maïakovski et le conduit jusqu'aux limites des variations vocales possibles, ouvrant ensuite le chemin aux lectures poétiques des grands classiques, surtout italiens, comme Dante, Leopardi, Campana, mais aussi Hölderlin ou Byron ou Schiller. Ce parcours, fait d'intensités, est constellé aussi de l'invention d'une nouvelle conceptualisation technique de l'acteur dont la "phonè" et la "machine actoriale" ne sont que les éléments les plus visibles, mais qui expliquent aussi, au cours des dernières années, le choix de sa solitude sur scène.

    Cette édition contient un CD : Hamlet suite dit par Carmelo Bene

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  • Il s'en passe de drôles sur le Pont des Arts : un chat de moins en moins bavard, un auteur sans nom ni pays, le tsar Alexandre et les stars de l'Académie d'en face y surveillent, de près et de loin, les rats qui se prélassent, un truand infirme et sa belle hétaïre qui monnayent le dernier tableau de maître volé au Louvre, les pickpockets qui délestent les touristes japonais en train de manifester contre Chirac.
    Pendant ce temps, Marianne la femme adultère, obsédée pas sa faute et harcelée par les interrogatoires d'un juge d'instruction, rapetisse peu à peu, tandis qu'elle s'adonne à cette activité essentiellement féminine qu'est la lecture des romans. Tel est le pouvoir du mot imprimé que la lectrice, prenant la fiction pour la réalité, reproche à son écrivain de mari les fredaines du narrateur de son précédent roman, Hôtel Europa, quand elle ne s'institue pas censeur sans états d'âme.
    De livres qu'elle lit, elle fait son jardin privé, où elle est libre de repiquer et d'émonder à sa guise - car la littérature a toujours été un pont, elle a toujours été "interactive ".

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  • Est-ce que tu me souviens? est un livre tout à fait autonome, et ce n'est pas un «hyperlivre». Néanmoins c'est une partie de l'immense hyperlivre Vaisseaux brûlés (http://perso.wanadoo.fr/renaud.camus), lui-même extension en arborescence de P. A. (petite annonce), P.O.L, 1997.
    Outre P. A. soi-même, qui offre à Vaisseaux brûlés la structure centrale de ses 999 paragraphes, sont déjà parus sur papier, tirés du même ensemble en extension permanente, Ne lisez pas ce livre! (P.O.L 2000), arborescence du paragraphe 1 de P. A. (1. Ne lisez pas ce livre! Ne lisez pas ce livre!*), et Killalusimeno (P.O.L 2001), arborescence du paragraphe 2 (2. Oh! Laissez-le dormir, je vous en prie! Laissez-le reposer parmi les arcanes silencieux et profonds, profonds comme quarante univers, quarante mille, quarante millions, de tout l'écrit qui n'est pas lu ** (536) ! Ne l'en arrachez pas pour rien!).

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