P.o.l

  • Giacometti

    Charles Juliet

    Giacometti est l'exemple type de l'artiste aux prises avec les difficultés de la création.
    À la fois dessinateur, peintre et sculpteur, il a édifié l'essentiel de son oeuvre au cours des vingt dernières années de son existence.
    Bien que tragique, sa vision de l'homme n'a rien de désespérée. Ses portraits aux regards effarés et qui interrogent, ses sculptures filiformes expriment certes notre solitude, la douleur d'être, la précarité de notre condition, mais ils affirment aussi avec autorité que la vie est finalement plus forte que tout ce qui la ronge et cherche à l'abattre.

  • «Je regarde des tableaux depuis mon enfance. Certains, au fil des années, ont rajeuni jusqu'à retrouver la fraîcheur de leur invention. Cette familiarité n'a pu devenir une science : je mêlais toujours un peu de moi-même à l'énigme que j'y découvrais.
    Je ne sais pourquoi, un jour, l'idée que les maisons peintes ne logeaient que des carrés de ciel m'a dicté ce livre.
    Sur quoi ouvrent ces fenêtres? Un infini déguisé en une source naturelle? Sur le vide dans lequel ces fictions sont suspendues? La brèche d'un aquarium où notre idée d'une réalité viendrait flotter?»

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  • Entre Uchon (Saône-et-Loire) et Uckange (études historiques), il n'y a rien. Dans le catalogue des matières de la Bibliothèque Nationale, tout au moins. Il devrait pourtant y avoir le mot Uchronie, désignant l'histoire de ce qui aurait pu se passer et ne s'est pas passé. Le Détroit de Behring vise à combler cette lacune. Voilà qui est donc fait. L'obligation du dépôt légal et la sagacité des bibliothécaires chargés d'établir les fiches font qu'Uchronie figure désormais entre Uchon et Uckange. Supposez cependant que cet infime événement bibliographique ne se soit pas produit. Et tâchez d'en tirer les conséquences : vain dépit de l'auteur ou troisième guerre mondiale, tout dépend de votre imagination, de vos intérêts, de l'idée que vous vous faites de la causalité. Penser l'Histoire au conditionnel passé, se figurer l'état du monde si le nez de Cléopâtre avait été plus court, si Napoléon avait vaincu à Waterloo ou si l'inconnue rencontrée hier dans l'autobus avait répondu à votre sourire, c'est un jeu comme un autre. Emmanuel Carrère en expose ici les règles, en décrit les plus fameuses parties, donne voix aux regrets qui poussent à s'y livrer.

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  • L'accusation de plagiat est peut-être l'archétype de l'accusation littéraire, une tentative de meurtre symbolique, qui réussit parfois.
    Ce Rapport de police étudie les attaques des dénonciateurs ; et aussi, d'Apollinaire à Zola, de Freud à Mandelstam, de Daphné Du Maurier à Paul Celan, les réactions des accusés. La plagiomnie - la calomnie plagiaire - manifeste une surveillance de la fiction, qui passe par la notion de crime, voire de blasphème, et pose la question du sacré en littérature. C'est cette surveillance, qui vaut pour toute écriture non appropriée, dont est retracée ici la longue histoire, de Platon au goulag.

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  • La Langue et ses monstres est un recueil de vingt essais portant sur des écrivains de la « modernité ».
    Les onze premiers figuraient dans l'édition princeps de l'ouvrage (chez Cadex, en 1989). Ils concernent d'abord quelques figures emblématiques du xxe siècle : Gertrude Stein, Burroughs, Cummings, Khlebnikov, Maïakovski ; puis des vivants remarquables apparus dans le dernier quart dudit siècle : Lucette Finas, Hubert Lucot, Claude Minière, Valère Novarina, Marcelin Pleynet, Jean-Pierre Verheggen.
    Ces textes avaient été rédigés entre 1975 et 1988 dans le contexte des débats d'époque (la fin des avant-gardes historiques et l'effort de quelques-uns pour maintenir, envers et contre toute liquidation réactionnaire, l'exigence d'expérimentation littéraire). Tous ont été repris et corrigés dans l'intention d'en éliminer le plus crispé par les polémiques du temps et le plus marqué par un vocabulaire théorique daté. Le même objectif a conduit à éliminer pour cette réédition le préambule et le bilan de l'édition originale.
    Les neuf essais suivants ont été composés entre 2005 et 2014 pour des revues, des préfaces, des actes de colloques. Tous ont été refondus pour la présente édition. Ils réfléchissent sur Sade, Jouve, Artaud, Ponge, Pasolini, Jude Stefan, Bernard Noël, Éric Clémens, Christophe Tarkos. De Sade (1800) à Tarkos (1990) ils encadrent donc historiquement les onze textes qui précèdent. Du point de vue de la théorie littéraire et de l'analyse stylistique, ils tentent de réfléchir sur ce qui constitue, en dehors de toute préoccupation « avant-gardiste », un effort « moderne » d'invention écrite. Et ce jusqu'à l'apparition récente des textes de Christophe Tarkos, qui nous ont invités à repenser, une fois de plus, les causes et les effets de cet effort.
    Ce livre n'est donc pas qu'une réédition mais, largement, un ouvrage nouveau. On y trouve des propositions sur les fameuses « grandes irrégularités de langage » (Georges Bataille) inventées par les poètes les plus déroutants du xxe siècle : les poétiques « anamorphosées » de Cummings ou de Bernard Noël, l'érotisme à la fois savant et énergumène de Pierre Jean Jouve ou de Jude Stefan, la « violangue » telle que la pratique un Jean-Pierre Verheggen, le « babil des classes dangereuses » réinventé par Valère Novarina, le « jeu de la voix hors des mots » dans les poèmes zaoum de Khlebnikov, les « glossolalies » façon Antonin Artaud, le « cut up » de William Burroughs, etc.
    Mais, au delà, bien d'autres questions sont évoquées : le rapport littérature/science/philosophie (chez Sade ou chez Clémens), le lien entre les choix stylistiques et les postures politiques (chez Maïakovski, Ponge ou Pasolini), l'articulation entre les monstrueuses reconfigurations verbales que pratiquent tous ces auteurs (ainsi Vélimir Khlebnikov ou Antonin Artaud), les crises subjectives dont elles sont l'effort de résolution et l'impact qu'elles rêvent envers et contre tout d'avoir sur le corps social qui en reçoit les coups.
    Le pari est que ces questions ne sont pas, quoi qu'on en dise ici et là, de vieilles lunes. Mais des interrogations fondamentales. Fondamentales en tout cas pour les lecteurs qui ne se contentent pas de fables distrayantes, de sociologie romancée ou de suppléments « poétiques » à la rudesse des vies.
    Fondamentales pour ceux qui voient dans la littérature une expérience radicale de ce qui nous parle et nous assujettit. Une expérience qui n'a d'intérêt que si ses voix excentriques traversent les représentations couramment admises pour composer de nouveaux accords avec le désir des hommes, leur angoisse, leur sensation d'un monde vivant.
    Ceux dont parle La Langue et ses monstres ont relevé ce défi. L'auteur des essais qu'on trouve dans ce livre a d'abord tenté de se rendre plus clairs les effets que quelques oeuvres « monstrueuses » exerçaient sur lui. Cet effort a fait lever des questions : de quoi parlent ces oeuvres qui nous mènent « au bord de limites où toute compréhension se décompose » (Bataille) ? quel « réel » représentent-elles dans leurs étranges portées ? de quelle nature est la jouissance sidérée qu'elles provoquent en nous ? de quels outils disposons- nous, et quels autres devons-nous forger pour en déchiffrer les intentions ? en quoi ce déchiffrement peut-il nous aider à mieux évaluer ce dont on parle en fait quand on parle de littérature (l'ancienne comme la moderne et aussi bien la plus contemporaine).

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  • Entre la réalité et nos yeux, toujours du vocabulaire s'interpose : nous croyons voir mais ne faisons que lire. D'ailleurs le regard en lui-même n'est pas cet instrument d'information et de constat qu'il nous semble : il n'est pas qu'un aller et retour, c'est un espace, un espace sensible qui s'emplit du sentiment d'un toucher visuel. Le Journal du regard est donc un travail sur le regard, que l'auteur a commencé en 1970, la peinture y est souvent présente, la question toujours relancée est : que voit-on quand on voit? Qu'est-ce que le regard? Qu'est-ce que le visible?

  • De Bernard Dort ne sont connues que ses chroniques théâtrales, elles permettent de suivre les transformations de la scène française et européenne de la seconde moitié du XXème siècle.
    Mais ces ouvrages ont laissé dans l'ombre une grande partie de son oeuvre. Les textes pour la plupart inédits qui composent ce volume parlent de musique, de littérature, de cinéma, de voyages, de théâtre aussi, dont la préface que Dort destinait à la réédition de La Dramaturgie de Hambourg de Lessing, cet " écrivain périodique ". Les lettres, les extraits de romans inachevés, les essais oubliés révèlent un Bernard Dort écrivain.
    L'" écrivance universitaire " a cédé la place à l'écriture lyrique, subjective, ironique, libre.

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  • - Sommeil du Greco, est-ce le titre d'un essai ou d'un roman ? - C'est un livre dont l'objet constant, avec des différences de distances qui le règlent, est le Greco; quelques-uns de ses tableaux, la Vue de Tolède, Saint jean Baptiste, Madeleine, Saint Sébastien (le faire, le voir, la manière, la contamination de style entre le peintre et l'écrivain), le Laocoon, et surtout, L'Enterrement du comte d'Orgaz.
    - Mais tu y parles de toi-même ! Pourquoi infester cette peinture de ta biographie ? - J'y parle, je crois, uniquement du Greco. De moi, si l'on veut et si peu qu'il a été nécessaire. C'est que les raisons qui m'ont fait regarder cette peinture ne sont pas d'abord esthétiques, elles sont biographiques; elles sont donc, au moins, dans ces apparentements de substances qui nous font reconnaître des figures.
    - D'où vient ce regard ? - En partie d'un fond biographique, à travers ce roman écrit par d'autres figures-, un entêtement à en saisir la vie. L'aspect le plus expérimental de ce livre est la question de la lumière: celle des sujets de peinture, de la matière (comment cette peinture montre-t-elle la lumière?). - L'objet du livre ? - Nous passons de la matière de la lumière au sujet de la peinture. - Comment ? - Nous sommes l'un et l'autre.

  • Mark Rappaport, « le secret le mieux gardé du cinéma américain », est aussi depuis presque douze ans un des auteurs les plus réguliers de Trafic. Il y a écrit sur ses propres films, comme sur les films, les cinéastes et les acteurs qu'il aime. Mais il le fait en développant surtout une forme neuve et très personnelle de critique, dont la fiction est le ressort interne. L'univers du cinéma s'y avère un lieu de permutations et de rencontres, autant que d'affects improbables. Marcel Proust y croise Alain Resnais à Marienbad, Madame de... de Max Ophuls s'y transforme en film de famille, l'héroïne de Vertigo d'Alfred Hitchcock y devient la mère d'un narrateur improbable. C'est cet art singulier et à vrai dire très unique de la critique de cinéma qu'il a paru essentiel de faire ressortir en invitant Mark Rappaport à concevoir non seulement un recueil de ses meilleurs textes mais un véritable livre conçu à partir d'eux.

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  • Un roman d'oeil est le récit du regard tourné vers le corps au travail.
    Parfois tout est en gestes, postures, déplacements ; parfois tout se passe derrière le visage. Mais ce qu'on voit n'est-il pas tout ce qu'on ne voit pas ? Il y a de la peau partout, c'est sous elle que la pensée pratique ses tatouages, devant et sur elle que nos yeux dessinent des images tandis que mot à mot, la langue y prend son plaisir...

  • Terminal frigo

    Jean Rolin

    Ayant largement passé le cap de la cinquantaine, un homme qui aurait pu devenir capitaine au long cours, jadis, s'il avait été moins paresseux, entreprend un voyage de plusieurs mois sur le littoral français.
    Apparemment guidé par sa fantaisie, il séjourne dans la plupart des villes présentant une activité industrielle et portuaire conséquente. A Saint-Nazaire, c'est l'époque où s'achève la construction du Queen Mary 2, à laquelle ont contribué des hommes venus des quatre coins de la planète. A Calais, les immigrants vivent clandestinement dans l'attente d'un hypothétique passage vers l'Angleterre. A Dunkerque, alors que l'on s'apprête à détruire un bâtiment hautement symbolique de son passé, la communauté des dockers ne parvient pas à surmonter les déchirements entraînés dix ans auparavant par la réorganisation de la profession.
    Au Havre, la population d'un quartier enclavé dans la zone portuaire se voit peu à peu cernée et menacée d'étouffement par les conteneurs. Près de Marseille, sous le vent des usines pétrochimiques de Lavera, un hôtel condamné par les règlements de sécurité vit ses derniers jours, tandis que tout autour prolifèrent les chats errants. Et ainsi de suite. Chemin faisant, il apparaît que des souvenirs plus ou moins obscurs lient le narrateur à certains des lieux qu'il visite, et ainsi se dessine progressivement, en filigrane, une sorte d'autobiographie subliminale.

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  • Brefs

    Pierre Alféri

    Ce volume reprend l'ensemble des textes écrits au long des années et réunis par Pierre Alferi en vue de son habilitation comme professeur de l'enseignement supérieur. Des années de théorie et de pratique sur la poésie, sur la prose, sur la littérature et sur la question des rapports entre prose et poésie. Ce qui distingue Pierre Alferi de tous les théoriciens c'est qu'il est aussi un homme de l'art : essayiste, donc, mais aussi romancier, et poète. Ce qui le distingue, enfin, définiti- vement c'est un corrosif sens de l'humour qu'on est peu habitué à rencontrer dans ces parages.

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  • Il y a plusieurs âges de la peinture dans la fresque.
    Ce Déluge d'Uccello retient une énigme. Le problème de l'espace et de la construction perspective y est étrangement anachronique par rapport à ce qu'est ici la solution de la figure : une grande métonymie des états de mouvement dans un espace stéréoscopique ; la figure ainsi comprise comme corps y est débordée par une inconnue de référence et d'emploi dans le " mazzocchio ". La couleur découpe des unités, non des détails : elle est faite d'un grain plus gros que les corps.
    Un des niveaux de lecture est sans doute celui qu'impose une sorte d'avancée fantomale du corps de la mythologie, non de ses figures. Ce livre est mis en scène par des passages de peinture (des passages écrits, des sortes d'animaux) qui prennent appui sur les deux bords opposés de ce Déluge : la division des corps dans l'eau et l'objet le plus résistant (le module refermé de construction des figures).

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  • Jean-paul manganaro, dans cette exploration si intime de l'oeuvre de fellini, a voulu laisser la place, toute la place, aux films qui se sont succédé au cours des années et qui chacun tour à tour, le plus simplement du monde, c'est-à-dire chronologiquement, forment les chapitres de ce livre.
    Un à un il les décrit, les écrit, un à un il les analyse, les replace dans leur contexte historique, esthétique. et à mesure qu'il avance, des récurrences, des associations se dessinent, à mesure qu'il avance c'est aussi une histoire de l'italie contemporaine qui se déploie sous nos yeux en même temps que celle d'une des oeuvres artistiques les plus fortes du xxe siècle.

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  • Depuis plus de vingt ans, François Tanguy, dont on ne sait s'il est un metteur en scène, un dramaturge, un scénographe ou un chorégraphe - tout cela à la fois sans doute -, poursuit avec sa compagnie « Le Théâtre du radeau » une expérience unique, à présent connue dans le monde entier. Jean-Paul Manganaro, traducteur, entre autres de Carmelo Bene, s'est très tôt passionné pour cette aventure. Son livre contient une dizaine d'études sur quelques-unes des mises en scène de François Tanguy dont elles montrent toute la nouveauté et la force.

    « Tanguy et le Radeau ne créent pas un théâtre des images, ni un théâtre de la pensée, ni une réflexion sur le théâtre, même s'il est vrai que ce théâtre est pensé et réfléchi. Cette pensée et cette réflexion sont devenues si consubstantielles à l'acte de création de Tanguy qu'elles s'effacent dans la mise en place de leur puissance. C'est un théâtre qui réfléchit autour des formes - lesquelles incluent l'image, et peuvent exprimer une image du théâtre, une image autour du théâtre ; elles peuvent aussi dire dans leur présentation la totalité d'une élaboration qui s'est occultée, et elles peuvent enfin dire l'image la plus nécessaire de la constitution de l'acte théâtral. Ce théâtre invente les formes qui habitent temporairement l'espace d'un théâtre, et dans cette temporanéité immédiate et éphémère il y a l'effacement des temps et des espaces qui nous cernent en tant que spectateurs. »

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  • Ces 22 essais traquent le même ennemi, cette castration mentale dont l´auteur dénonce les ravages à travers ses vecteurs de prédilection, l´image qui aveugle plus qu´elle ne montre (la télévision, mais pas seulement), le discours (politique), voire l´art quand il se dénature.
    Bernard Noël décrit le fonctionnement de ce monde où la représentation prend de plus en plus la place de la création, où la privation de sens devient la situation ordinaire et s´exerce sans même que nous nous en apercevions. Sa caractéristique est d´ailleurs d´être imperceptible, à la différence de toutes les contraintes inventées jusque là par le pouvoir. Cette «sensure» comme il l´appelle, serait l´arme absolue de la démocratie, permettant de tromper les consciences et de vider les têtes sans troubler la passivité des victimes, pouvoir dont la seule excuse, le seul alibi est la consommation, et qui se cache derrière la fatalité économique.

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  • Que cherchons-nous à sauver de l'oubli ? Les mots de nos pères nous abandonnent.
    Noirceur et faiblesse, les Écritures ne fixent rien, quelque passion que nous mettions à le nier. Elles indiquent l'exil dans lequel nous nous trouvons. Elles nous renvoient à la tâche d'écrire les Écritures. C'est sans doute cela qui nous fait si peur aujourd'hui. Comme si ce qui s'est écrit hier et qui nous fut transmis pouvait ne plus jamais avoir à s'écrire. Annuler le risque en quelque sorte.

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  • À l'ère téléphage, le câble fait valser les films en boucle et le satellite les met en orbite en attendant les self-serveurs. Le cinéma peut tout partager avec la télé, il lui résistera par un trait bien plus que technique : la projection vient de derrière, nous met en garde. Le caisson lumineux, lui, nous plonge dans son tube. Les films y sont des souvenirs, déchets, carlingues de vieux vaisseaux encombrant le ciel cathodique. Souvenir d'une séance, mais sans son sex-appeal. Souvenir qu'on n'a pas, et désir d'une séance. Occasion d'un retour critique ? Plutôt : comme on enfourche un cheval de manège, en saisir un au vol et jouer la curiosité contre la nostalgie.
    Cette suite d'articles, pour la plupart publiés en ligne sur le site des Cahiers du cinéma, certains dans la revue Vacarme, s'organisent autour de quelques faits ou éléments constitutifs, pour Pierre Alferi, du pouvoir qu'exerce le cinéma sur nous. D'abord le fantastique et l'immaturité qui sont d'ailleurs, hors même le genre dit fantastique qui fait ici l'objet de beaux développements, au coeur du cinéma qui produit des fantômes animés. Pierre Alferi s'attache à l'évocation et à la critique aussi bien des films à effets (science-fiction, monstres, vampires, etc.) que d'oeuvres plus discrètes, elliptiques, mais pas moins efficaces (ainsi du cinéma de Jacques Tourneur). Ensuite la mélancolie filmée à travers cette manière qu'ont certains héros non pas de regagner le monde qui leur a été refusé, mais d'en faire leur deuil. Ensuite encore, bien sûr, les acteurs, ce qui les fait, peut-être, des êtres d'un genre unique dont les personnages endossés seraient les espèces. Quelques portraits pour cerner une singularité qui ne s'affiche pas, hyperphysique, qui se laisse entrevoir de rôle en rôle, entre les avatars.
    Enfin, quelques articles imaginent des cinéastes à partir de leurs films. Certains s'appuyèrent sur un modèle déjà classique du beau, dans le théâtre et la peinture, pour maintenir farouchement une volonté d'art dans l'usine à films (Lang, Murnau, Ulmer, Preminger). D'autres, arrivés un peu tard, ont mimé cette volonté (Minnelli, Corman, Lynch, Kitano).

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  • J'ai toujours eu la sensation qu'il y avait en moi un être assassiné.
    Assassiné avant ma naissance. il me fallait retrouver cet être assassiné. tenté de lui redonner vie.
    On ne peut parler du vrai. c'est ce qui fait partie de la détresse.
    Dans ce sacré monde, tout nous invite à l'indignation... mais au niveau du travail ... que pourrait-on dire ?... rien n'est dicible.
    L'écriture m'a conduit au silence.

  • « Dans la critique, la distance compte. Le lieu où l'on se trouve par rapport à l'objectif. L'angle d'attaque. La modalité. Et la frappe.
    Walter Benjamin a raison : «[...] l'impartialité, le regard objectif sont devenus des mensonges, sinon l'expression tout à fait naïve d'une plate incompétence.» » Ces douze chroniques, publiées de 2003 à 2007 dans les revues Seine et Danube et La Revue littéraire, prennent en quelque sorte Walter Benjamin au mot et sont autant d'occasions pour Dumitru Tsepenag d'analyser sans pitié près de quatre années récentes de notre vie littéraire. Il y a des exécutions sommaires dans ces pages, mais aussi de fines analyses, des évocations, des regrets, de l'amertume vite enfouie sous de saintes colères. C'est vif, insolent, drôle et ne perd jamais de vue la littérature..

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  • Du Sénégal, d'un Sénégal intérieur, une voix parle et interroge. Son écho se répercute dans l'entre-deux mondes de l'Afrique et de l'Occident. Nous sont contées les histoires inédites de ces gens du Sahel, de ces gens de sable : la grand-mère, l'architecte, le géant lettré ; tous personnages étonnants et pourtant sans renommée. Tout en contant, l'auteur s'amuse à inventorier les survivances africaines têtues derrière le chaos d'aujourd'hui. Sahel de maintenant où le téléphone et la radio viennent renforcer l'oralité, où le plastique peut avoir un usage magique. Le livre n'est ni d'ethnographie, ni de sociologie, il invite à une lecture transparente, hédoniste, à la sérénité, et à l'étonnement devant le presque rien.

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  • Sentimental? On ne peut enseigner dans l'indifférence.
    Des chroniques du Monde de l'éducation, autrement dit des faits supposés divers, de petits récits, des histoires de rencontres, d'abandon, où passent et repassent quelques figures, actuelles, inactuelles. On ne peut enseigner sans mémoire. Vagabondages et digressions dans la littérature : Jules Verne entrevoit l'école d'aujourd'hui, et Balzac nous éclaire sur la laideur, ou le goût des jeunes filles en matière de couleur...
    Le romanesque ne se périme pas.

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  • Musil, Rousseau, Edgar Poe, Calderon, Joseph de Maistre, Kenzaburo Oé, un spectacle de danse, le Saint Sacrement Suétone...
    Que font-ils ensemble ? Pas une histoire de la littérature. Des choses écrites. Quel est ce mélange de bibliothèques ? Ce n'est pas celui d'idées, de poétiques, ou d'argumentations. Le résultat de ces jeux avec le temps et avec la vérité nous donne non des héros, des psychologies, des témoignages du temps mais ouvre des univers sans preuve. La littérature (roman, théâtre, poème) a construit des univers inhabitables; elle a dû créer un monstre singulier comme leur destinataire ou leur expérimentateur: le lecteur.
    Peut-on autrement répondre à la question "Qu'est-ce que la littérature ?" dans sa version la plus brutale : "A quoi ça sert !". Un temps de contrôle, sans échéance, sans vérification réelle a donné naissance à des personnages, à des constructions d'univers. Sont-ils nos doubles errant dans toute l'histoire ? Ils sont notre langage agissant par figures et par actions, hors d'atteinte de la loi : leurs mondes sont inachevés.
    Souffrance de Sigismond, un pas de danse, origine du langage chez Rousseau, fiction d'un corps médical, plaintes de Bérénice : ces mondes sont habités par un seul passager : le lecteur.

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  • Sexy lamb

    Frédéric Boyer

    Il est possible que la naissance de ce qu'on appellera le christianisme soit comparable à l'apparition du rock'n'roll.

    J'imagine que le langage chrétien naissant fut de cet ordre. Il a en partie fabriqué et inventé une nouvelle culture à partir de vieux accords. Il mimait, il empruntait, il détournait. Il revendiquait les figures prophétiques, messianiques de la tradition, il reprenait les écritures de la vieille religion, mais avec des raccords vertigineux, et dans des histoires de zombies, de traîtres, d'apostats, de femmes réprouvées et de prophètes itinérants, aux marges du Temple et de Jérusalem.

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